Espagne : la fonction publique se digitalise… à contrecœur ?

Le Conseil des ministres espagnol a validé ce qui se voulait être un tournant majeur : une offre d’emploi public (OEP) pour 2026 allouant 37 017 postes. Un chiffre apparemment conséquent, mais qui ne représente qu’une maigre augmentation de 429 postes par rapport à l’année précédente. L’ambition affichée ? Une transformation numérique de la fonction publique, qui se heurte à l’opposition virulente des syndicats.

Des recruts en ia et cybersécurité : une priorité affichée

Le ministre de la Transformation Numérique et de la Fonction Publique, Óscar López, a présenté cette OEP comme une révolution. Il promet, pour la première fois dans l’histoire, des postes dédiés à des spécialistes de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et de la science des données. Le gouvernement souhaite également booster le Corps Supérieur des Systèmes et Technologies de l’Information, en augmentant le nombre de postes de 200 %, afin de rivaliser avec le marché du travail où ces profils sont extrêmement recherchés. La technologie serait-elle enfin au cœur de l'administration espagnole ?

L’enveloppe dédiée aux nouvelles technologies est substantielle : plus de 1 700 postes, soit une augmentation de 42 % par rapport à l’année précédente. Le gouvernement met en avant une nouvelle approche, abandonnant la logique de la simple « taux de remplacement » basé sur les départs à la retraite, pour se concentrer sur les priorités stratégiques du pays. Une promesse séduisante, mais qui peine à convaincre tous les acteurs.

Les secteurs prioritaires – transformation numérique, transition énergétique, cybersécurité, infrastructures, stratégie commerciale et gestion migratoire – bénéficient d’une augmentation de 30 % des effectifs. Une mesure d’urgence climatique, avec 346 postes supplémentaires dédiés, vient compléter ce tableau.

Pourtant, l’optimisme du ministre est nuancé. Il concède, avec une franchise surprenante, qu'« il n'est pas pertinent de continuer à croître éternellement. » Un aveu qui ressemble à une stabilisation après huit années d’embauche intensive destinées à compenser les coupes budgétaires des années 2011-2018.

Des syndicats à la gorge serrée : opacité et manque de négociation

Des syndicats à la gorge serrée : opacité et manque de négociation

Si l’annonce fait la une des journaux, elle ne rencontre pas l’adhésion des principaux syndicats. CCOO, UGT et CSIF dénoncent un manque de transparence et un processus de négociation jugé insuffisant. Ils reprochent au ministère de ne pas avoir communiqué les chiffres détaillés de la convocatoria lors des réunions à la Mesa General de la Administración General del Estado, empêchant ainsi une analyse approfondie du projet. Les syndicats pointent également du doigt le manque d’avancées en matière de promotion interne et les retards persistants dans la mise en œuvre des processus de sélection, notamment pour le personnel ouvrier.

Le CSIF, tout en se réservant le droit de porter un jugement définitif après l'étude des chiffres complets, a déjà critiqué le manque de consultation des représentants des travailleurs. Pour eux, il s'agit d'un